Pernand 1900
Pernand 1900

« Le vin de Bourgogne assure le plus long règne de l’histoire »

Voici par ordre chronologique quelques dates clés de l’histoire des vins de Bourgogne.

 

312 : discours d’Eumène décrivant le vignoble bourguignon (texte connu le plus ancien).
1115 : construction du Château du Clos de Vougeot par les moines de Citeaux.

6 août 1395 : ordonnance de Philippe le Hardi sur les exigences d’une viticulture de qualité en Bourgogne.

1416 : édit du roi Charles VI fixant les limites de production du vin de Bourgogne (de Sens à Mâcon)

11 novembre 1719 : naissance de la plus ancienne société de secours mutuels dite « de Saint-Vincent », à Volnay.

1720 : fondation à Beaune de Champy, la plus ancienne Maison de négoce-éleveur de Bourgogne, toujours en activité.

1728 : parution à Londres du 1er livre consacré au vin de Bourgogne, par l’abbé Claude Arnoux.

18 juillet 1760 : le prince de Conti acquiert La Romanée qui portera son nom.

1789 : Révolution française. Confiscation des vignes du clergé et vente aux enchères comme biens nationaux.

17 octobre 1847 : Louis-Philippe accorde à Gevrey le droit de porter le nom de son cru le plus fameux : Chambertin. L’exemple sera bientôt suivi par d’autres communes.

1851 : première vente aux enchères des vins des Hospices de Beaune

1861 : 1er classement des vins (Côte-d’Or) par le Comité d’agriculture de Beaune.

15 juin 1875 : 1ère observation du phylloxéra en Bourgogne (à Mancey en Saône-et-Loire).

1900 : création de la station oenologique de Beaune.

30 avril 1923 : fondation de la coopérative La Chablisienne (première cave coopérative de Bourgogne) 

29 avril 1930 : jugement du tribunal civil à Dijon définissant la Bourgogne viticole (Yonne, Côte-d’Or, Saône-et-Loire et arrondissement de Villefranche-sur-Saône dans le Rhône).

8 décembre 1936 : 1ère AOC bourguignonne, l’appellation Morey-Saint-Denis.

14 octobre 1943 : institution des 1er crus. 

17 octobre 1975 : reconnaissance de l’AOC Crémant de Bourgogne.

17 juillet 2006  : création de la 100ème appellation du vignoble bourguignon, l’appellation « Bourgogne Tonnerre ».


Le vin des moines pendant un millénaire

 

Des années 500 aux années 1400, le vin de Bourgogne acquiert une qualité reconnue par toute la Chrétienté. En ces temps guerriers, les communautés religieuses bénéficient d’une certaine protection. Fondé sur l’expérience, leur savoir s’y transmet de génération en génération. Elles ont des liens partout en Europe.

 

L’abbaye de Cluny (909), celle de Cîteaux (1098) auront des milliers de filles. Le vin des moines (Cluny en Mâconnais et Chalonnais, Cîteaux en Côte-d’Or, Chalonnais et Chablisien, et beaucoup d’autres fondations) illustre d’étonnantes pérennités : le clos de Bèze fondé en 640 n’aura que deux propriétaires jusqu’en 1790. A Auxerre, le clos de la Chaînette est plus ancien encore. Le clos de Vougeot (1115), un seul propriétaire jusqu’en 1790.

 

Le clos de Tart (1140), trois propriétaires seulement jusqu’à nos jours ! Les Cisterciens de Pontigny créent alors le vignoble de Chablis. En Bourgogne, tout est mémoire.

C’est la naissance des clos (entités foncières) tandis que s’affirment l’identité du terroir, la notion de cru, la sélection des cépages. La plupart des appellations actuelles sont déjà connues et délimitées au Moyen Âge : le climat est un quartier de terre aux propriétés viti-vinicoles particulières, respectées au mètre près. Aucun vignoble au Monde n’obéit à des règles aussi anciennes et aussi rigoureuses.


Les Ducs d'Occident et le vin de la Toison d'Or

 

Aux XIVème et XVème siècles, la dynastie Valois des ducs de Bourgogne (« Grands ducs d’Occident et seigneurs des meilleurs vins de la Chrétienté », disent-ils d’eux-mêmes) règne sur l’art et le goût dans l’Europe entière. Philippe le Hardi, Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire vivent à Bruges, Malines, Anvers, Gand ou Bruxelles, mais ils tirent grand profit de leurs vignobles bourguignons (les nombreux clos des Ducs).

 

Le vin de Bourgogne quitte son cellier roman, la cour des papes d’Avignon, pour conquérir la société civile et politique. En effet la noblesse et la bourgeoisie flamandes imitent la préférence ducale. Un commerce actif se développe aussitôt avec ces pays.

Les ducs élaborent une véritable politique viti-vinicole, la première de l’Histoire du vin. L’ordonnance de Philippe le Hardi (1395) constitue un modèle. Elle ne se contente pas de répudier le gamay au profit du pinot noir. Elle fonde les principes écologiques d’un vignoble de qualité, se préoccupant aussi de la santé du consommateur. La querelle du gamay et du pinot noir illustre deux comportements qui s’affrontent depuis toujours. Riches et puissants jouent la qualité, le faible rendement, le pinot qui voyage et s’exporte déjà. Le menu peuple vigneron cultive le gamay pour produire davantage, un vin de consommation courante qui se débite localement et rapporte vite. Cette situation s’éteindra au XXème siècle seulement.

 

Le vin de la Toison d'Or

 

Comprendre l’Histoire du vin de Bourgogne, c’est comprendre les démarches différentes entre classes sociales et producteurs plus ou moins favorisés par le destin.

Le duché offre au vin de Bourgogne un formidable appel d’air, sur des courants marchands.

Avec brio, la diplomatie doit beaucoup à la table et le Banquet du Faisan (Lille, 1454) est un événement mondial pour l’époque. Le vin de Bourgogne y coule à flot parmi les Grands de ce monde : le vin de la Toison d’Or, flamboyant comme un arc-en-ciel à l’horizon de l’Europe.

L'HISTOIRE DE LA VENTE DES VINS

 

Le plus long règne de l’histoire de France
   
En ce début de XVème siècle, la France accuse les effets de la guerre de Cent Ans.Les populations sont affaiblies, décimées et, qui plus est, rançonnées par les hordes de soudards. La ville de Beaune déplore la majorité de sa population indigente.
En 1440, Nicolas rolin, chancelier du Duc de Bourgogne, décide, de concert avec son épouse Guigogne de Salins, de créer un hôpital pour y accueillir les plus démunis.
Les travaux d’édification de l’Hôtel Dieu, inspirés par l’Hôpital de valenciennes, se terminent en 1457 ; neuf années de travaux durant lesquelles la population locale est mise à contribution pour élaborer ce chef d’œuvre d’architecture médiévale.

 

Les malades sont accueillis dans la grande salle des pôvres par des religieuses venues de Valencienne. Nicolas Rolin, réprouvant les méthodes de la maîtresse, jugées trop monastiques, décide de modifier le règlement. Il affirme alors les statuts de l’Hôtel Dieu, approuvé par le Pape Pie II en 1459..



Une réputation solide acquise au fil des siècles


Au fil des années, l’Hôtel Dieu a acquis une solide réputation et attire de nombreuses personnalités telles que Catherine de Médicis en 1562 et louis XIV en 1658. Le domaine s’agrandit grâce aux dons de généreux bienfaiteurs : argent , terres, maisons, vignes...
Fleuron du tourisme en Bourgogne, les Hospices de Beaune accueillent plus de 400 000 visiteurs, chaque année.
Sous la révolution, l’exemption d’impôts est supprimée et l’Hôtel Dieu rebaptisé Hospice d’Humanité. Les nombreux outrages de cette période n’altéreront pas l’esprit de charité de l’institution, mais mettront fin à la dynastie des Rolin à la tête de l’hôpital.
Un demi-millénaire de dons et de legs permet aujourd’hui aux Hospices de Beaune de totaliser quelques 57 hectares de Grands Crus et Premiers Crus.
Ainsi, les Hospices de Beaune sont-ils gérés depuis, comme tout établissement hospitalier, par un Conseil d’Administration dont le président est le maire de la ville, et dirigé administrativement par un directeur.



L’oeuvre de Nicolas ROLIN perpétuée


A l’aube du XXIème siècle, la mission de l’institution se perpétue. Ainsi, en 1993 une antenne d’aide personnalisée a été créée pour venir en aide aux plus démunis. Installé au centre de Beaune, ce service a pour objectif d’aller à leur rencontre avant qu’il ne soit trop tard et de favoriser ainsi leur réinsertion sociale. Tous ces investissements sont possibles grâce aux entrées du musée (400.000 visiteurs par an) et aux recettes de la vente des vins.
Ainsi, en 1996 le bénéfice de la vente des vins a servi à la politique d’investissement de l’hôpital : réalisation de travaux et acquisition de matériels médicaux, en particulier le renouvellement du scanographe et une première provision financière pour la restructuration complète de la cuisine des malades.
Le poids des siècles n’a nullement altéré l’œuvre du chancelier Nicolas Rolin et de son épouse Guigogne de Salins. Bien au contraire la vente aux enchères des vins des Hospices de Beaune est, sans conteste, la plus célèbre vente de charité au monde.


Vente aux enchères mode d'emploi


Le jour de la vente, le Président du Conseil d’Administration (maire de la ville), les administrateurs, le Directeur et ses collaborateurs accueillent la personnalité, qui a été choisie pour être président d’honneur de la vente. Les officiels, aux côtés de cette personnalité, sont installés à la tribune et les acheteurs dans la salle.
La vente se fait dans la plus pure tradition c’est à dire " à la bougie "sous le contrôle d’un commissaire priseur.
Chaque cuvée, divisée en lots, est alors mise en vente.
Les acheteurs du monde entier ne manqueraient pour rien au monde cette vente de charité qui sert aussi d’indicateur pour les cours des vins de Bourgogne.

La totalité des vins achetés doit nécessairement être élevée en fûts puis mise en bouteilles bourguignonnes traditionnelles. Chacune d’entre elles sera par la suite étiquetée, mentionnant ainsi l’appellation, le nom de la cuvée, le millésime, le nom et l’adresse de l’acheteur.
De par leur vocation charitable, les Hospices de Beaune offrent à la personnalité invitée, une pièce de vin que celle-ci remet en vente immédiatement. Les bénéfices ainsi recueillis seront versés à l’association caritative (Association de la Maladie d'Alzheimer), qu’elle aura choisie de parrainer.

Le Siècle du grand élan

 

Napoléon n’admet que le Chambertin à sa table, suivant lui aussi les conseils de ses médecins.
Le XIXème siècle voit le vin de Bourgogne exprimer une identité qui colore son image : un vin rouge haut en couleur, opulent, robuste ; un grand seigneur, un bon vivant. La gloire du vin blanc d’extrême sensibilité bourguignonne culmine un peu plus tard.
Le négoce-éleveur assure presque toute la commercialisation qui, depuis la fin du XVIIIe siècle (verrerie d’Epinac) se fait souvent en bouteilles et non plus en fûts. 
Il vit son âge d’or et développe fortement l’exportation : jusqu’en Russie et en Amérique.
Lorsque les héros de Jules Verne parviennent aux abords de la Lune, que débouchent-ils pour fêter cet instant ? Une bouteille de Nuits

La vente directe se développe

 

Au lendemain de la guerre de 1914-18, familles et patrimoines se dispersent. Le vin se vend mal. De petits vignerons achètent des bouts de vigne.

La « propriété » voit le jour et beaucoup de domaines importants aujourd’hui naissent durant les années 1920-30. A la fin des années 1930 et en fonction des difficultés économiques, la vente directe se développe et elle ne cessera d’accroître sa présence sur le marché, faisant croître une production signée par le domaine. 

Les climats

 

Les premiers classements apparaissent (1827, 1831 et surtout celui du Dr Lavalle en 1855) : hors-ligne, tête de cuvée, première cuvée, etc. Chaque climat est ainsi jugé en fonction de son patrimoine et de ses aptitudes.

En 1893, le livre de Danguy et Vermorel établit une première description complète et un premier classement des vins du Beaujolais, du Mâconnais et du Chalonnais. Gevrey obtient le droit de s’appeler Gevrey-Chambertin (1847). Cette valorisation astucieuse est imitée par nombre de communes bourguignonnes (Chambolle-Musigny, Puligny-Montrachet, etc.), jusqu’à Solutré-Pouilly et Romanèche-Thorins.

 

Un drame : le Mal noir

 

Un puceron traverse l’Atlantique et tue tous les pieds de vigne sur son passage. 

Le phylloxera vastatrix est à l’œuvre en Bourgogne durant les années 1870 et 80. Il détruit la plus grande partie du vignoble. On parle du Mal noir. Pour le combattre, l’injection de sulfure de carbone obtient quelques résultats, mais le remède vient des Etats-Unis où la vigne indigène résiste naturellement au puceron : on pratique alors la greffe, mariant les porte-greffes américains et la vieille vigne française. 

La qualité en souffrira-t-elle ? Nullement. La replantation s’achève trente ans plus tard, mais tout a changé. La vigne était plantée en foule, en désordre, et le même pied renaissait sans cesse (marcottage). Le palissage, le rang de vigne modifient le paysage, permettent l’introduction du cheval puis de la mécanisation. La vigne qui se trouvait partout en Bourgogne n’est replantée que sur les meilleurs terroirs, favorisant la vocation d’une viticulture de qualité et faisant disparaître la production du vin de table. La crise phylloxérique met aussi de l’ordre dans l’encépagement.